L’Acadie

 

C’est sur le territoire de l’Acadie que fut fondée en 1605 Port Royal, la première colonie de Nouvelle-France – près de l’actuelle localité d’Annapolis en Nouvelle-Écosse. Ce n’est toutefois qu’à partir de 1636 que le peuplement de ce territoire débuta, lorsque s’implantèrent des colons français en provenance surtout du Centre-Ouest de la France.

 

Le Traité d’Utrecht (1713)

En 1713, en raison d’une des clauses du Traité d’Utrecht, la France dut céder une partie de ses colonies américaines à la Couronne britannique, notamment une grande partie de ses territoires maritimes à Terre-Neuve et ailleurs sur le continent – sauf l’île du Cap-Breton et l’île « Saint-Jean » (actuellement l’Île-du-Prince-Édouard). À l’issue de ce traité, le territoire maritime, dorénavant sous contrôle britannique, comptait environ 2 500 francophones. Cette population francophone quintupla dans les 40 ans qui suivirent la reprise du territoire par les Anglais, pour atteindre environ 14 000 francophones au milieu du 18e siècle et ce, malgré une immigration française quasi inexistante dans la colonie.

 

 

Louisbourg au 18e siècle : une ville en effervescence

À partir de 1720, la France installa effectivement quelques centaines de colons sur ces deux îles afin de les peupler et de constituer une nouvelle présence dans les Maritimes. La ville de Louisbourg, sur l’île du Cap-Breton, devint par ailleurs la troisième ville en importance de la Nouvelle-France, durant la première moitié du 18e siècle, avec une population frôlant les 2 000 âmes.

 

Le Grand Dérangement

Tout au long de la première moitié du 18e siècle, la Couronne britannique tenta de forcer la population francophone à prêter serment d’allégeance à l’Angleterre (le Serment du Test). Les Acadiens refusèrent, mais lorsque se déclencha la Guerre de Sept Ans en 1754, et à la lumière de l’augmentation importante de la population francophone en Acadie, le gouvernement britannique força définitivement la population francophone de ce territoire à prêter allégeance à l’Angleterre, sous menace de déportation. Puisque cela aurait signifié prendre les armes contre leurs compatriotes français de Nouvelle-France, les Acadiens refusèrent à nouveau de prêter allégeance à la Couronne. Ce refus constitua le début du « Grand Dérangement ».

Entre 1755 et 1763, plus de 10 000 francophones refusèrent de prêter serment d’allégeance à la Couronne britannique et furent déportés – leurs terres confisquées et incendiées. La population acadienne fut donc dispersée en France, en Louisiane, sur la Basse Côte-Nord et dans diverses îles des Maritimes, notamment dans l’archipel des Îles-de-la-Madeleine et à Saint-Pierre et Miquelon. Certains restèrent sur le continent, se cachant dans les forêts environnantes.

 

Retour au bercail et création d’isolats francophones

À la fin de la Guerre de Sept Ans, en 1763, une grande majorité des Acadiens qui avaient été déportés retournèrent au bercail, s’installant en Nouvelle-Écosse, à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick, dans le Madawaska américain (nord du Maine) et dans le sud de la Gaspésie (sur la baie des Chaleurs). Ils y fondèrent plusieurs petits isolats francophones qui ont perduré jusqu’à nos jours.

C’est le taux de natalité très élevé dans les communautés acadiennes qui permit entre autres à ce peuple de survivre depuis son retour dans les Maritimes à la fin du Grand Dérangement. Le clergé catholique, installé en Acadie depuis le 17e siècle, y exerça une grande influence et contribua grandement à préserver la culture et la langue françaises en maintenant un système d’éducation primaire et secondaire en français jusque dans les années 1970.

Bien que la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard aient des populations francophones importantes et des infrastructures qui encouragent le maintien du français dans les Maritimes, c’est la province du Nouveau-Brunswick qui connaît, depuis les débuts de la Confédération canadienne, la plus importante population francophone des provinces maritimes. Depuis la fin des années 1960, cette province a par ailleurs adopté des lois visant la sauvegarde du français. En effet, le Nouveau-Brunswick fut déclaré bilingue en 1969 – une première au Canada – et, en 1981, le gouvernement provincial adopta une loi reconnaissant l’égalité au niveau provincial des deux communautés linguistiques.

 

Le contact des langues fin 20e et début 21e siècles

Malgré les efforts déployés pour la sauvegarde du français en Acadie, le contact prolongé avec les communautés anglophones entraîne inévitablement un certain degré d’anglicisation. Cela dit, la relative homogénéité et la cohésion sociale des communautés francophones en Acadie permet, dans une certaine mesure, de protéger les locuteurs du français de l’assimilation.

Comme c’est le cas dans la plupart des communautés francophones minoritaires au Canada, une importante proportion des francophones en Acadie est bilingue (français-anglais). Toutefois, il est intéressant de noter que, outre le Québec, le Nouveau-Brunswick est la province canadienne qui compte le plus haut taux d’unilinguisme francophone (9%).

 

Une histoire de fierté et de résilience

De nos jours, d’un bout à l’autre de l’Acadie, on retrouve une impressionnante infrastructure, activement engagée dans le maintien de la langue française et de la culture acadienne. À cet effet, on pense aux deux établissements d’enseignement supérieur francophones, l’Université de Moncton (Nouveau-Brunswick) et l’Université Sainte-Anne (Baie Sainte-Marie, Nouvelle-Écosse). Bien sûr, les stations de radio et de télévision en langue française ainsi que les multiples quotidiens et hebdomadaires publiés en français à travers les diverses localités acadiennes contribuent également au maintien de la langue et la culture françaises dans les Maritimes.

(*)Thibault, André (2003). « Histoire externe du français au Canada, en Nouvelle-Angleterre et à Saint-Pierre et Miquelon », paru dans l’encyclopédie Romanische Sprach­geschichte/Histoire linguistique de la Romania, Berlin/New York, Walter de Gruyter & Co., 895-911.

 

Références complémentaires

Cormier, Yves (1999). Dictionnaire du français acadien, Montréal : Fides.

Dubois, Lise. 2005. « Le français en Acadie des Maritimes » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 81-98

King, Ruth et Gary Butler. 2005. « Les Franco-Terreneuviens et le franco-terreneuvien » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 169-185

Massignon, Geneviève. 1962. Les parlers français d’Acadie, enquête linguistique. Paris : Klincksieck, 2 tomes.

Naud, Chantal. 2011. Dictionnaires des régionalismes des Îles-de-la-Madeleine. Montréal : Les Éditions Québec-Amérique. 311 pages

Perrot, Marie-Ève. 2005. « Le chiac de Moncton : description synchronique et tendances évolutives » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 307-326