Le français au Québec

La bataille des plaines d’Abraham

À la suite de la Bataille des Plaines d’Abraham en 1759, le territoire du Québec actuel se retrouva sous la main des Britanniques. La Proclamation royale, sanctionnée quatre ans plus tard, modifia énormément la situation du français dans la colonie. En effet, ni le français ni la religion catholique n’étaient reconnus par la Couronne britannique, même si même si 99,7%  (*) de la population d’origine européenne sur le territoire était francophone. Ce déséquilibre démographique ne dissuada pourtant pas la Couronne de tenter de faire de la Province de Québec une véritable colonie britannique, en encourageant l’immigration anglaise et en promouvant l’anglicanisme – surtout dans les hauts postes administratifs.

 

L’Acte de Québec et une Amérique indépendante

La Couronne dut toutefois avouer un certain échec lorsqu’elle reconnut que le pourcentage d’anglophones n’avait pas beaucoup augmenté après dix ans. L’Acte de Québec, adopté en 1774, redonna aux francophones de la colonie une certaine reconnaissance en matière de langue, de religion et de juridiction. Toutefois, cette reconnaissance agita les Treize Colonies du sud, qui se révoltèrent en 1776.

 

Un Canada divisé : Le Haut-Canada et le Bas-Canada

Une fois l’Amérique devenue indépendante, les quelques milliers de sujets britanniques qui désiraient rester fidèles à la Couronne vinrent s’établir au Canada. Ce bouleversement fit basculer soudainement la démographie du Canada et la population de la colonie doubla au cours de la décennie suivante.

Il n’est donc pas surprenant alors qu’en 1791, Londres, en adoptant l’Acte constitutionnel, décida de diviser le Canada en deux colonies distinctes : le Haut-Canada, majoritairement anglophone, et le Bas-Canada, majoritairement francophone. Cette scission permit à ces deux colonies d’avoir une gouvernance indépendante l’une de l’autre.

Toutefois, des inégalités se firent sentir assez rapidement. Bien que les francophones aient pu conserver leur système judiciaire et une certaine liberté religieuse, il n’y avait aucune stipulation explicite en ce qui concernait la langue d’usage dans les structures politiques et juridiques du Bas-Canada et le français fut relégué à un statut de langue de second plan. De plus, la structure du gouvernement était telle que les francophones n’étaient majoritaires qu’aux niveaux décisionnels les plus bas – leurs décisions étaient donc souvent bloquées par le Gouverneur.

 

Le rapport Durham et l’Acte d’union

Ces inégalités culminèrent avec l’insurrection des Patriotes en 1837 et l’agitation ressentie dans la colonie força Londres à prendre une décision. À la suite du Rapport Durham, qui unit les deux colonies en formant le Canada-Uni en 1840 (Acte d’union), le français perdit beaucoup de terrain. L’Acte d’union déclara effectivement le Canada-Uni comme une province unilingue anglophone. Cet article fut toutefois amendé huit ans plus tard, suite aux fortes protestations de la part des francophones du Bas-Canada.

 

 

 

Le clergé s’implique

C’est à partir de 1840 que le clergé catholique prit définitivement les rênes de l’éducation et d’une part importante de la vie culturelle des francophones au Québec. Il s’occupait également à cette époque des hôpitaux et des œuvres à caractère social, ce qui laissait les autres sphères de la société, notamment le commerce et le monde du travail, aux mains des anglophones. D’ailleurs, la Constitution canadienne de 1867 ne stipulait l’égalité des deux langues qu’en ce qui concernait les structures législatives et judiciaires au palier fédéral. La langue anglaise était donc encore à ce moment indispensable pour l’ascension sociale au Québec.

 

Le début du XXe siècle

Pendant le siècle qui suivit, la population du Québec quintupla. La proportion de francophones demeurait stable, soit autour de 80% (*), malgré une immigration importante à partir du début du 20e siècle en provenance d’Europe et d’Asie. Ces nouveaux immigrants s’installèrent surtout dans la région montréalaise et s’intégrèrent plutôt à la communauté linguistique des anglophones, tant pour des raisons socio-économiques qu’en raison de l’ostracisme de l’Église catholique francophone.

 

Les effets de la Révolution tranquille

Les années 1960 furent un point tournant pour l’avenir du français dans la province. Le Québec assista, à partir de la première moitié des années 1960, à des réformes massives dans les structures politiques et sociales : l’éducation et le domaine de la santé furent sécularisés et une série de lois furent passées afin d’établir le statut officiel de la langue française au Québec. Le Québec obtint également le droit de gérer en partie son immigration à partir de la fin de cette période. À la suite de la chute drastique de la natalité dans la province à cette époque, le Québec tenta de favoriser l’immigration provenant de pays francophones comme Haïti, le Maroc, le Vietnam et le Liban. Depuis 1977, les immigrants qui arrivent au Québec doivent obligatoirement être scolarisés en français (loi 101), peu importe leur langue d’origine.

 

Quelques chiffres

Le plus récent recensement (2011) indique que, sur près de 8 millions de Québécois, 78% ont le français comme langue maternelle, et 80% ont le français comme langue d’usage à la maison. Près de 43% de Québécois s’estiment aptes à s’exprimer dans les deux langues officielles : le pourcentage le plus élevé au pays. Lorsqu’on regroupe les bilingues et les unilingues francophones (environ 52%) du Québec, l’on peut alors estimer que 95% de la population du Québec est en mesure de s’exprimer en français.

Selon les plus récentes statistiques du ministère provincial de l’Immigration et des Communautés culturelles, 61,6% des immigrants arrivés au Québec en 2012 connaissaient le français – qu’ils soient bilingues ou unilingues francophones.

(*)Thibault, André (2003). « Histoire externe du français au Canada, en Nouvelle-Angleterre et à Saint-Pierre et Miquelon », paru dans l’encyclopédie Romanische Sprach­geschichte/Histoire linguistique de la Romania, Berlin/New York, Walter de Gruyter & Co., 895-911.

 

Références complémentaires

Auger, Julie. 2005. « Un bastion francophone en Amérique du Nord : le Québec » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 39-79

Canac-Marquis, Steve et Claude Poirier. 2005. « Origine commune des français en Amérique du Nord : le témoignage du lexique » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 517-538

Poirier, Claude. 1998. Dictionnaire historique du français québécois. Sainte-Foy : Les Presses de l’Université Laval.

Morin, Yves-Charles. 2002. « Les premiers immigrants et la prononciation du français au Québec ». Dans Revue québécoise de linguistique 31 (1) :39-78

Rézeau, Pierre. 2005. « Sources documentaires pour l’histoire du français d’Amérique en lien avec les variétés régionales du français de France » dans A. Valdman, J. Auger et D. Piston-Hatlen (dir.). Le français en Amérique du Nord. État présent. Sainte-Foy : Presses de l’Université Laval. 565-583