Quand la Louisiane parle français

« Ce que la Louisiane nous enseigne sur le développement des créoles français »
Thomas Klingler, Université Tulan

Résumé de la conférence:

La coexistence en Louisiane d’un français régional– qu’on appelle communément « français cadien » — et d’un créole français présente un intérêt particulier pour l’étude du rapport historique entre ces deux variétés ainsi que pour l’étude du développement des créoles français plus généralement.  Le français régional de Louisiane ayant existé largement en dehors de la pression normative depuis le 18e siècle, il nous offre une fenêtre sur ce que Robert Chaudenson appelle le terminus à quo de la créolisation, c’est-à-dire le type de français qui était parlé dans les colonies françaises et à partir duquel se sont formés les créoles français. Or, lorsqu’on compare ces créoles, non pas au français standard, comme c’était autrefois pratique courante dans les études créoles, mais à une variété comme le français régional de Louisiane, ceux-là apparaissent nettement moins exotiques, et on est moins tenté de chercher la source de certains de leurs traits dans des langues africaines ou dans des universaux linguistiques. Pour illustrer ce principe nous prenons l’exemple de la structure progressive, ou non accomplie, du créole louisianais, qui n’a pas d’équivalent grammaticalisé en français standard : m ape manje [mapemɑ̃ʒe] ‘je mange/je suis en train de manger’ ; mo t ape maje [motapemɑ̃ʒe] ‘je mangeais/j’étais en train de manger’. Il s’avère que le français régional de Louisiane, tout comme d’autres français régionaux, connaît une structure analogue qui, dans sa forme pleine, se compose du verbe être + après + verbe : je suis après manger. La possibilité que cette structure ait servi de modèle pour le progressif créole est considérablement renforcée par l’attestation de structures en quelque sorte intermédiaires en français louisianais, où la copule est réduite voire absente, et où après est aussi réalisé sous forme réduite, ‘près, apé, ou ‘:

  • J’étais après préparer du poulet quand t’as appelé.
  • J’__ après dire . . . .
  • Je ‘tais ‘près te parler ‘j’étais en train de te parler’
  • On __ apé faire un projet asteur-là

Le progressif est un exemple parmi d’autres de la proximité structurale du créole et du français louisianais, proximité qui nous fournit des pistes pour comprendre le développement des langues créoles à partir du (ou des) français parlés dans les anciennes colonies françaises.

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Mots-clés :

Aspect progressif, cadien, colonies françaises, contact des langues, créole louisianais, créoles français, français régional, français standard, Louisiane, substrat