Les créoles à base française

Le mot créole désignait auparavant les personnes nées dans les colonies.

Les langues créoles à base française se sont formées dans les anciennes colonies françaises des Antilles, de la Guyane et de l’Océan indien.

Les langues créoles sont nées de l’apprentissage informel et non-dirigé du français populaire colonial, dans une situation sociolinguistique caractérisée par l’absence de carcan normatif, de la part d’esclaves souvent encore jeunes à leur arrivée dans les colonies (donc linguistiquement malléables), locuteurs africains de nombreuses langues non mutuellement intelligibles et donc obligés d’assimiler le plus rapidement possible des rudiments de ce nouveau code pour améliorer leur sort dans la colonie naissante.

Depuis quelques années, nous assistons à l’émergence de textes écrits en créole, à travers lesquels nous pouvons nous familiariser avec les langues créoles.

En voici un exemple tiré d’un extrait de « Les passagers du vent » (François Bourgeon, La Petite Fille Bois-Caïman, Livre 1, Paris, 12bis, 2009 ; traduction de Tom Klingler) :

Traduction
-Ki kote ou achte sa a, Madanm ?
-Kisa ?
-Ki kote ou achte belte ou, Madanm ?
Tu l’as achetée où, Madame ?
Quoi ?
Tu l’as achetée où, ta beauté, Madame ?
-Bondye ki fè soley, ki klere nou anwo, ki soulve lanmè, ki fè loraj gwonde. Zòt koute, Bondye sila kache nan nyaj ! E la li gade nou, li wè tou sa blan fè. Bondye yo a mande krim ! Pa nou vle byenfè, men Bondye ki si bon òdone nou vanjans. Li va kondui nou, li va ba nou asitans. Jete imaj dye blan ki swaf dlo nan je nou. Koute kè an nou ki rele libète !
Le Bon Dieu qui a fait le soleil, qui nous éclaire d’en haut, qui fait lever la mer, qui fait gronder le tonnerre. Écoutez bien, vous autres ! Ce dieu qui se cache dans les nuages ! Il nous regarde de là-haut, il voit tout ce que font les Blancs. Le Dieu des Blancs demande le crime ! Le nôtre veut des bienfaits, mais ce dieu qui est si bon nous ordonne la vengeance ! Il dirigera nos bras, il nous assistera. Jetez l’image du Dieu des Blancs qui a soif de nos larmes. Et écoutez la liberté qui parle en notre cœur !

 


Tout en musique – À vous de jouer!

 


Le créole à base lexicale française de la Louisiane présente des particularités liées à son histoire. D’abord, la colonisation de la Louisiane par les Français (1682-1803) et l’importation d’esclaves africains pour travailler dans la colonie sont une des sources du créole louisianais, mais cette langue ne cesse d’évoluer au cours de l’histoire grâce à plusieurs autres flots de population.

En 1809-1810, 10 000 réfugiés issus de Saint-Domingue, lors de la révolution haïtienne, ont doublé le nombre d’habitants de la Nouvelle-Orléans (environ un tiers d’esclaves, un tiers de gens de couleur libres et un tiers de Blancs). Cependant, « une langue créole existait en Louisiane bien avant le grand flot de Saint-Domingue » (Klingler, 2005, p. 350).


La curiosité, quel bon défaut!

Pour en savoir plus sur les créoles à base française

Robert Chaudenson, Des îles, des hommes, des langues, langues créoles, cultures créoles, Paris, L‘Harmattan, 1992.

Jacques Leclerc, « Créole », L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 2 mai 2013, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/creole.htm

André Thibault, « Français des Antilles et français d’Amérique : les diatopismes de Joseph Zobel, auteur martiniquais », dans Revue Lingistique Romane, vol.  72, 2008, p. 115-156.

André Thibault, « Français d’Amérique et créoles / français des Antilles : nouveaux témoignages », dans Revue Lingistique Romane, vol. 73, 2009, p.  77-137.

Georges Daniel Véronique, « Émergence des langues créoles et rapports de domination dans les situations créolophones », In Situ mis en ligne le 22 février 2013, http://insitu.revues.org/10209 (18 mars 2013).

Guadeloupe

L’espace numérique de l’Académie de la Guadeloupe, « Dossier pédagogique, poésies et chants en langue créole au cycle 1 », http://pedagogie.ac-guadeloupe.fr/files/File/admin/dossier_p_dagogique_lvr_cycle_1__4fc63074eb.pdf (24 mars 2014).

Ralph Ludwig, Danièle Montbrand, Hector Poullet et Sylviane Telchid, Dictionnaire créole français, (Guadeloupe), Paris, Jasor, 1990.

Haïti

Robert Damoiseau et Jean-Paul Gesner, J’apprends le créole haïtien, Paris, karthala, 2002.

Dominique Fattier, Contribution à l’étude de la genèse d’un créole : L’Atlas Linguistique d’Haïti, cartes et commentaires, Lille, ANRT, collection « thèse à la carte », 6 volumes [version non remaniée de la thèse d’État soutenue fin 1998]. Disponible en ligne, Université de Cergy-Pontoise, Laboratoire LDI, http://www.u-cergy.fr/fr/laboratoires/labo-ldi/publications/these-creole.html (24 mars 2014).

Max Manigat, Mots créoles du nord d’Haïti. Origines-Histoire-Souvenirs, Floride, Educa vision, 2007.

Albert Valdman (dir.), Haitian Creole-English Bilingual Dictionary, Bloomington Indiana University, Creole Institute, 2007.

Louisiane

Thomas A. Kingler, « Le problème de la démarcation des variétés de langues en Louisiane » dans Albert Valdman, Julie Auger et Déborah Piston-Hatlen (dir.), Le Français en Amérique du Nord, État présent, Québec, Presses de l’Université Laval, 2005, p. 349-367.

Jacques Leclerc, « La politique actuelle de la Louisiane » dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 26 décembre 2012, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amnord/louisiane-3pol-lng.htm (24 mars 2014).

Ingrid Neumann, Le créole de Breaux Bridge, Louisiane, Études morpho–syntaxique, textes, vocabulaire, Hambourg, Helmut Buske, 1985.

Michael Picone et Albert Valdman, « La situation du français en Louisiane », dans Albert Valdman, Julie Auger et Déborah Piston-Hatlen (dir.), Le Français en Amérique du Nord, État présent, Québec, Presses de l’Université Laval, 2005, p. 143-165.

William A. Read, Louisiana-French, Bâton-Rouge, Louisiana State University Press, 1931.

Albert Valdman, (dir.), Kevin J. Rottet (dir. associé), Barry-Jean Ancelet, Richard Guidry, Thomas A. Klingler, Amanda LaFleur, Tamara Lindner, Michael D. Picone et Dominique Ryon (dir. adjoints), Dictionary of Louisiana French, as spoken in Cajun, Creole, and American Indian Communities, Jackson, University Press of Mississippi, 2010.

Martinique

Manuella Antoine, Le créole martiniquais de poche, Chennevières-sur-Marne, Assimil évasion, 2000.

Manuella Antoine, Robert Nazaire et Lambert-Félix Prudent, Adaptation de la didactique du français aux situations de créolophonie. Guide du maître : La Martinique, OIF, février 2010, http://lewebpedagogique.com/oif/files/2010/01/ChapitreIII_martinique1.pdf (23 mai 2013).

Robert Damoiseau, Éléments de grammaire comparée français-créole martiniquais, Petit-Bourg (Guadeloupe), Ibis rouge, 1999.

Robert Damoiseau et Jean-Paul Gesner, J’apprends le créole haïtien, Paris, Khartala, 2002.

Dictionnaire martiniquais en ligne, www.potomitan.info/dictionnaire

Élodie Jourdain, Le vocabulaire du parler créole de la Martinique, Paris, Klincksieck, 1956.

Maurice

Pravina Nallatamby, Mille mots du français mauricien. Réalités lexicales et francophonie à l’île Maurice, Paris, Conseil international de la langue française, 1995.

Didier de Robillard, Contribution à un inventaire des particularités lexicales du français de l’île Maurice, Vanves, Edicef / Aupelf, 1993.

Réunion

Alain Armand, Dictionnaire kréol rénioné / français, la Réunion, Océan Edition, 1987.

Daniel Baggioni, Dictionnaire créole réunionnais / français, la Réunion, Azalées éditions 1990 [1987].

Michel Carayol, Particularités lexicales du français réunionnais, Paris, Nathan, 1985.

Robert Chaudenson, Le lexique du parler créole de la Réunion, 2 volumes, Paris, Champion, 1974.

Daniel Honoré, Dictionnaire d’expressions créoles (semi-lo-mo), la Réunion, éditions Udir, 2002.